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24
Cr
Chrome

Le nom du chrome provient du grec khrỗma signifiant couleur qui fait référence aux nombreux composés colorés du chrome. En 1761, Johann Gottlob Lehmann découvre un minéral rouge-orangé dans les montagnes de l’Oural qu’il nomme crocoïte. En 1797,  Louis Nicolas Vauquelin utilise des échantillons de ce minéral pour en extraire de l’oxyde de chrome. Il isola l’élément pur en 1798.

La découverte de la première utilisation du chrome a été faite en analysant des flèches, sans aucun signe de corrosion, datant du IIIe siècle avant Jésus Christ trouvées dans le Mausolée de l’empereur Qin Shi Huang, fondateur de la dynastie Qin, en Chine.

DONNÉES PHYSICO-CHIMIQUES

Données atomiques

Numéro atomique Masse atomique Configuration électronique Structure cristalline Rayon métallique pour la coordinence 12
24 52,00 g.mol-1 [Ar] 3d5 4s1 cubique centrée de paramètre a = 0,288 nm 136,0 pm

Données physiques

Masse volumique Dureté Température de fusion Température d’ébullition Conductibilité électrique Conductibilité thermique Solubilité dans l’eau
7,20 g.cm-3 7,5 1 857°C 2 672°C 7,74.106 S.m-1 93,7 W.m-1.K-1 insoluble

Données chimiques

Électronégativité
de Pauling
pKa :
HCrO4/CrO42-aq
pKa :
Craq3+/CrOH2+aq
pKa : HCr2O7/Cr2O72- pKs : Cr(OH)2 pKs : Cr(OH)3
1,66 6,5 3,9 0 17,0 30


Potentiels standards

  • Cr3+ + e = Cr2+ E°= -0,41 V
  • Cr2O72- + 14H+ + 6e = 2Cr3+ + 7H2O E° = 1,33 V
  • HCrO4 + 7H+ + 3e = 2Cr3+ + 4H2O E° = 1,20 V
  • CrO42- + 4H2O + 3e = Cr(OH)3(s) + 5OH E° = -0,13 V
  • Cr3+ + 3e = Cr(s) E°= -0,74 V
  • Cr2+ + 2e = Cr(s) E°= -0,86 V

Données thermodynamiques

Chrome cristallisé

  • Entropie molaire standard à 298,15 K : S° = 23,8 J.K-1mol-1
  • Capacité thermique molaire sous pression constante à 298,15 K : Cp° = 23,4 J.K-1mol-1
  • Enthalpie molaire standard de fusion à la température de fusion : 14,6 kJ.mol-1
  • Enthalpie molaire standard d’ébullition à la température d’ébullition : 340,1 kJ.mol-1
Chrome gazeux

  • Enthalpie molaire standard de formation à 298,15 K : 396,8  kJ.mol-1
  • Enthalpie libre molaire standard de formation à 298,15 K : 352,0 kJ.mol-1
  • Entropie molaire standard à 298,15 K : S° = 174,5 J.K-1mol-1
  • Capacité thermique molaire sous pression constante à 298,15 K : Cp° = 20,8 J.K-1mol-1

DONNÉES INDUSTRIELLES

Matières premières

La teneur moyenne de l’écorce terrestre est de 400 ppm.

Minerai

La chromite, FeCr2O4, qui possède une structure spinelle (MgAl2O4) dans laquelle les ions Mg2+ sont partiellement substitués par des ions Fe2+ et les ions Al3+ partiellement substitués par des ions Fe3+ et Cr3+ pour donner une formule du type : (Mg2+,Fe2+)(Al3+,Fe3+,Cr3+)2O4.

  • Les minerais riches, contenant de 48 à 55 % de Cr2O3, avec un rapport Cr/Fe > 3, sont destinés à la fabrication des ferrochromes. Ils sont extraits particulièrement au Kazakhstan, en Turquie, Russie et Albanie. Ces gisements, podiformes, se présentent sous forme de lentilles de minerai. Ils sont exploités d’abord à ciel ouvert puis souterrainement lors de l’avancement de l’extraction.
  • Les minerais pauvres, contenant environ 30 % de Cr2O3, avec un rapport Cr/Fe  d’environ 1,6, initialement utilisés comme matériaux réfractaires sont, depuis l’introduction du procédé AOD d’élaboration des aciers inoxydables, également employés pour élaborer des ferrochromes à basse teneur en Cr (50-55 % de Cr et 6-8 % de C) appelés charge-chrome. Ces gisements se présentent sous forme de couches successives et sont appelés stratiformes. Ils sont exploités particulièrement en Afrique du Sud, en Inde, au Zimbabwe, en Finlande et au Brésil.

Les minerais sont enrichis, en général, par gravimétrie à l’aide de spirales ou de tables à secousses.

Le gisement du Bushveld

En Afrique du Sud, le gisement géant stratiforme du Bushveld s’étend sur 66 000 km2. Il est formé de couches peu épaisses, de moins de 1,5 m de minerai sur une épaisseur totale de 5 000 m et constitue, avec 3,1 milliards de t de minerai, les réserves les plus importantes au monde. Le Complexe du Bushveld est constitué de 3 lobes (ouest, nord et est) d’où provient toute la production minière de chrome, vanadium et platinoïdes d’Afrique du Sud. Le lobe ouest, le plus important, est situé au nord-ouest de Pretoria. L’une des couches de chromite, dénommée UG2 a la particularité d’être riche en platinoïdes. En conséquence elle est exploitée pour produire ces derniers, la chromite constituant un co-produit récupéré lors d’opérations de flottation qui séparent les platinoïdes, associés à des sulfures, de la chromite constituant la gangue (voir le chapitre platine).

Carte du complexe du Bushveld publiée sur le site du Lycée de Bois d’Olive à La Réunion que nous remercions.

Production minière

En 2016, la production mondiale était de 34,8 millions de t de chromite, alors que pour l’Union européenne (Finlande), en 2016, elle était de 1,07 million de t.

en milliers de t de chromite
Afrique du Sud 14 705
Albanie 713
Turquie 6 600 Brésil 700
Kazakhstan 5 546 Russie 503
Inde 3 728 Oman 451
Finlande 1 070
Iran 275

Source : BGS

Les ressources en chromite de la Chine sont très faibles, avec en 2016, une production de 20 000 t.

Producteurs

En Afrique du Sud, toutes les sociétés minières exploitent le Complexe du Bushveld dans des mines ou récupèrent la chromite présente dans les terrils résultant de l’extraction des platinoïdes de la couche UG2. On estime, en 2017, qu’un quart de la production d’Afrique du Sud provient de l’exploitation de ces terrils.

  • En Afrique du Sud :
    • Glencore possède 79,5 % de Glencore-Merafe Chromium Venture avec, en 2014, une production totale de chromite, pour Glencore en Afrique du Sud, de 3,05 millions de t. Les mines sont situées :
      • dans le lobe ouest du complexe du Bushveld, près de Rustenburg, pour celles de Waterval avec une capacité de production de 240 000 t/an de chromite et Kroondal, avec une capacité de 967 000 t/an ainsi que celles de Marikana, Klipfontein et Boshoek. Les réserves prouvées et probables sont, fin 2017, de 25,84 millions de t de minerai renfermant 30,4 % de Cr2O3.
      • dans le lobe est du complexe du Bushveld, près de Steelpoort, pour les mines de Thorncliffe avec une capacité de 871 000 t/an, Helena avec une capacité de 814 000 t/an et Magareng avec 731 000 t/an. Les réserves prouvées et probables sont, fin 2017, de 36,14 millions de t de réserves de minerai contenant 35,2 % de Cr2O3
    • Samancor possède des mines dans 2 régions : Ouest (Rustenburg) et Est (Lydenburg), avec une production de 4 millions de t/an de minerai dont 70 % alimente les usines de ferrochrome de la société situées à Middelburg, Emalahleni, Steelpoort et Mooinooi. Le reste, environ 1 million de t/an, est exporté. Les mines de l’ouest sont souterraines avec Mooinooi et Millsell, celles de l’est sont souterraines (3) ou à ciel ouvert avec Doornbosch, Lannex, Tweefontein, Steelport.
    • Hernic Ferrochrome, détenu à 50,975 % par Mitsubischi (Japon), exploite, dans le lobe ouest, les mines de Morula (souterraine) et Bokone (souterraine et à ciel ouvert) et produit 1,5 million de t/an.
    • Assore, qui a acquis, depuis juillet 2016, moitié-moitié avec African Rainbow Minerals, la société Assmang, détient totalement la mine souterraine de Dwarsrivier, avec, en 2017, une production de 1,279 million de t. Les réserves prouvées et probables sont de 48,34 millions de t de minerai renfermant 33,07 % de Cr2O3.
    • International Ferro Metals Limited, exploite la mine de Lesedi, près de Buffelsfontein, à ciel ouvert et en souterrain, le minerai étant transformé en ferrochrome avec, en 2015, une production de 198 131 t. Les réserves prouvées et probables sont, en 2015, de 91,4 millions de t de minerai renfermant 27,85 % de Cr2O3.
  • Au Kazakhstan :
    • la production est assurée, en partie, par Eurasian Resources Group (ERG), avec une production , en 2015, de 3,7 millions de t de chromite avec les mines de Donskoy, souterraine de Molodezhnaya et à ciel ouvert de Yujny.
    • ainsi que par le groupe turc Yildirim, avec la mine souterraine de Voskhod, près de Chromtau, dans la région d’Aktobe, une capacité de production est de 1,3 million de t/an et des réserves de 20 millions de t de minerai, le minerai approvisionnant l’usine russe de production de ferrochrome de Tikhvin, à 200 km au sud-est de Saint-Pétersbourg. En 2017, la production a été de 722 000 t.
  • Le groupe turc Yildirim, exploite des mines en Turquie au travers de la société Eti Krom. En 2017, la production de chromite à teneur élevée en oxyde de chrome, en Turquie et au Kazakhstan, a été de 1,272 million de t.
    • En Turquie, la capacité de production est de 1 million de t/an, la principale mine exploitée étant celle de Guleman, dans la région d’Elazig et les réserves prouvées et probables sont de 130 millions de t. En 2017, la production a été de 642 000 t de chromite dont 550 000 t de teneur comprise entre 28 et 46 % et 9 200 t de teneur comprise entre 11 et 28 %.
  • En Inde, les mines sont exploitées à 90 % dans l’état d’Orissa :
  • En Finlande, une chromite, à 35 % de Cr2O3, est extraite de la mine de Kemi située en Laponie et exploité par Outokumpu. Le gisement, stratiforme, s’étend sur 15 km de long et entre 0,2 et 2 km de large, sur une épaisseur de 2 km. La mine, découverte en 1959, est exploitée à ciel ouvert depuis 1968 et souterrainement depuis 2003, avec une capacité de production de 2,4 millions de t/an. Les réserves prouvées sont, en 2015, de 48 millions de t à 26 % de Cr2O3.

Commerce international

Exportations

Les exportations représentaient un total de 16,927 millions de t de minerais et concentrés en 2017.

en milliers de t
Afrique du Sud 11 728 Pakistan 432
Turquie 1 391 Iran 348
Kazakhstan 964 Oman 332
Zimbabwe 569 Madagascar 209
Albanie 446 Pays Bas 98

ITC

Les exportations de l’Afrique du Sud sont destinées à 85 % à la Chine.

Importations

Les importations représentent un total de 16,112 millions de t de minerais et concentrés.

en milliers de t
Chine 13 841 Inde 155
Russie 867 États-Unis 130
Indonésie 252 Afrique du Sud 127
Turquie 186 Belgique 56
Allemagne 167 Japon 48

ITC

Les importations de la Chine proviennent :

  • d’Afrique du Sud (72,3 %),
  • de Turquie (8,0 % ),
  • d’Albanie (3,4 %),
  •  du Zimbabwe (3,2 %).

Réserves

Elles étaient estimées, en 2017, à 510 millions de tonnes de chromite :

en milliers de t
Kazakhstan 230 000 Inde 54 000
Afrique du Sud 200 000 Turquie 26 000

Source : USGS

Utilisations de la chromite : en 2017.

Sidérurgie 90 % Fonderie 2 %
Chimie 5 % Réfractaires 1 %

Source : Roskill

  • La chromite est, à 90 %, transformée en ferrochrome, lui même utilisé à 77 % pour l’élaboration d’aciers inoxydables, pour lesquels il est irremplaçable.
  • Pour l’élaboration de produits chimiques la chromite est d’abord transformée en dichromate de sodium, Na2Cr2O7.
  • En fonderie, la chromite est utilisée comme « sable » de confection de moules. Sa température de fusion est de 2 150°C.
  • Pour une utilisation comme produit réfractaire, la somme des teneurs en Cr2O3 et Al2O3 doit être supérieure à 57 %, avec une teneur en silice inférieure à 0,7 %.

Métallurgie

La chromite est principalement transformée en ferrochromes. La transformation en métal ne concerne qu’une très faible part de l’utilisation de la chromite.

Ferrochromes

Ils contiennent de 50 à 65 % de chrome et sont élaborés par réduction au four électrique à arc, en présence de coke. La consommation électrique est comprise entre 2 900 et 4 100 kWh/t de ferrochrome.

Principaux types de ferrochrome

Ils se distinguent principalement par leur teneur en carbone.

  • Charge-chrome : 50 à 55 % de Cr, 6 à 8 % de C, 2 à 5 % de Si. C’est l’alliage de chrome le plus utilisé dans la fabrication des aciers spéciaux, dont les aciers inoxydables.
  • Le ferrochrome carburé : 60 à 65 % de Cr, 4 à 8 % de C. Il est utilisé principalement dans l’élaboration des aciers inoxydables.
  • Le ferrochrome moyen carbone : 55 à 70 % de Cr, de 2 à 4 % de C. Il représente 2 % de la production mondiale de ferrochrome.
  • Le ferrochrome bas carbone affiné et suraffiné : 67 à 75 % de Cr, 0,02 à 0,5 % de C, est employé dans la fabrication de la fonte et des aciers. Il représente 4 % de la production mondiale de ferrochrome.

Le ferrochrome carburé et la charge chrome représentent, en 2014, 94 % de la production mondiale de ferrochrome.

Productions de ferrochrome

En 2017, la production mondiale de ferrochrome s’élevait à 12,3 millions de t.

L’Union européenne (Finlande, Suède, Allemagne) en produisait, en 2016, 571 000 t.

en milliers de t
Chine 4 900 Finlande, en 2016
469
Afrique du Sud 3 600 Russie, en 2016
268
Kazakhstan 1 300 Zimbabwe, en 2016
190
Inde 1 300 Brésil, en 2016
175

Sources : USGS, BGS et Merafe

La Chine est devenue premier producteur mondial de ferrochrome en 2012. En 2014, la Chine a importé 2 millions de t dont 1,4 million d’Afrique du Sud.

La production d’Afrique du Sud, qui pourrait être plus importante, souffre de difficultés d’approvisionnement en énergie électrique.

En 2016, la production mondiale de charge-chrome est de 7,560 millions de t, celle de ferrochrome HC, de 3,552 millions de t.

Producteurs de ferrochrome

Les principaux producteurs mondiaux, en 2014, étaient :

en milliers de t
Glencore-Merafe (Afrique du Sud) 1 560 Tianjin Metallurgy (Chine) 400
ERG (Kazakhstan) 1 200 EHUI Metallurgy (Chine) 300
Samancor (Afrique du Sud) 1 150 Hernic Ferrochrome (Afrique du Sud) 300
Outokumpu (Finlande) 441 ASA Metals (Afrique du Sud) 250

Source : Merafe

  • Glencore a produit, en 2017, en Afrique du Sud, 1,531 million de t de ferrochrome dans les usines de Wonderkop, avec une capacité de production de 553 000 t/an, Rustenburg, avec 430 000 t/an, Boshoek, avec 240 000 t/an, ces usines étant alimentées par les mines de Kroondal, Waterval et Marikana ainsi que dans les usines de Lydenburg, avec 396 000 t/an et Steelpoort (Lion I et II, avec 360 000 t/an chaque), alimentées par les mines de Thorncliffe, Helena et Marareng. L’autre partenaire de la joint-venture, Merafe, a produit, en 2017, 395 000 t de ferrochrome.
  • Eurasian Resources Group (ERG) a produit, en 2012, 1,2 million de t de ferrochrome carburé, 91 000 t de ferrochrome bas carbone, 47 000 t de ferrochrome moyennement carburé et 185 000 t de ferrosilicochrome. La production est réalisée au Kazakhstan avec les usines de Kazchrome à Aktobe et Asku avec des capacités de production de 790 000 t/an de ferrochrome carburé et 109 000 t de ferrosilicochrome et en Russie, à Serov, région de Sverdlovsk, avec des ferrochromes carburé, moyen et bas carbone et du ferrosilicochrome.
  • Samancor possède des capacités de production, en Afrique du Sud, de 1 million de t/an de charge-chrome, 70 000 t/an de ferrochrome moyennement carburé et 40 000 t/an de ferrochrome bas carbone, dans ses usines de Emalahleni, Middelburg, Steelport et Mooinooi.
  • Outokumpu a produit, à Tornio, en Finlande, en 2015, 457 000 t de ferrochrome, à partir de chromite extraite à Kemi, mine proche de Tornio.
  • Le groupe turc Yildirim a produit, en 2017, 269 400 t de ferrochrome HC, en Turquie, à Elazig, avec 77 300 t, au travers de la société Eti Krom, en Russie au travers de Tikhvin Ferroalloys (TFZ) avec 78 000 t et en Suède, au travers de la société Vargön Alloys avec 114 100 t.
  • Hernic Ferrochrome possède des capacités de production, en Afrique du Sud, de 420 000 t/an de charge-chrome à Maroelabult.
  • Sinosteel – ASA Metals (Pty) Ltd possède des capacités de production, en Afrique du Sud, de 400 000 t/an de charge-chrome.
  • Indian Metals & Ferro Alloys Ltd (IMFA) possède, en Inde, dans l’état d’Orissa, à Therubali et Choudwar, des capacités de production de 275 000 t/an de ferrochrome carburé et, en 2017-18, a produit 234 443 t de ferrochrome.

Chrome métal

Fabriqué par aluminothermie à partir d’oxyde de chrome (procédé employé en Chine, France, Russie et Royaume Uni et couvrant 70 % des besoins) ou par électrolyse à partir de ferrochrome (procédé utilisé en Russie et couvrant 30 % des besoins).
Par aluminothermie, la réaction mise en jeu est la suivante :

Cr2O3 + 2 Al = 2 Cr + Al2O3

L’oxyde de chrome doit être chimiquement pur. La réaction bien que fortement exothermique, n’apporte pas suffisamment d’énergie pour que les produits formés, réfractaires, se séparent correctement, par décantation, à l’état liquide. Pour élever la température, une partie de Cr2O3 est remplacée par un composé de degré d’oxydation plus élevé (CrO3 ou mieux, contenant des ions Cr2O72-). De 10 à 15 t de produit sont traitées à chaque opération.

Au laboratoire, le chrome peut être préparé par aluminothermie dans des conditions proches de celles utilisées industriellement en prenant un mélange de 60 g de dichromate de potassium et de 200 g d’oxyde de chrome (Cr2O3) pour 90 g d’aluminium (de granulométrie < 200 micromètres), introduit dans un creuset en alumine. Cette préparation nécessite de prendre des précautions face aux projections incandescentes et au risque toxique des poussières de chrome VI.

Le chrome obtenu par aluminothermie, malgré sa pureté élevée (99,5 à 99,8 %) n’est pas malléable même à 900°C. Il faut le purifier à l’aide de procédés tels que la méthode Van Arkel ou la fusion de zone pour obtenir du chrome laminable à 50-80 % vers 500°C. Dans ce cas, la transition ductile-fragile (fonction de la pureté) peut être proche de la température ambiante.

Capacités de production

En 2014, la capacité de production mondiale de chrome métal était de 53 000 t et de 20 000 t pour l’Union européenne.

en milliers de t
Russie 16 Royaume Uni 8
Chine 15 Japon 1
France 12

Source : USGS

Les importations des États-Unis, ont été, en 2014, de 17 400 t.

Producteurs :

  • Delachaux, Division Métaux (France) avec une capacité de production par aluminothermie de 12 000 t/an à Marly-lez-Valenciennes (59).
  • Kluchevsky Ferroalliages (Russie), filiale du groupe Midural, avec une capacité de production, par aluminothermie, de 10 000 t, à Dvurechensk, dans la région de Sverdlovsk.
  • Polema (Russie) par électrolyse à Novotulsky.
  • AMG Superalloys UK (Royaume-Uni) avec une capacité de production, par aluminothermie, de 7 000 t/an à Rotherham, au Royaume Uni.
  • Japan Metals & Chemicals (JMC, Japon) produit par électrolyse à Research Triangle Park, en Caroline du Nord (États Unis) et à Oguni (Japon).

Produits chimiques

Le principal produit chimique élaboré est le dichromate de sodium Na2Cr2O7. Sa fabrication est effectuée dans un four tournant, vers 1 000°C, à partir d’un mélange de chromite et de carbonate de sodium qui donne du chromate de sodium selon la réaction :

2 Cr2O3 + 4 Na2CO3 + 3 O2 = 4 Na2CrO4 + 4 CO2

Le chromate de sodium soluble dans l’eau chaude donne, par acidification à l’aide d’acide sulfurique, du dichromate qui est cristallisé ensuite sous forme dihydratée.

Les différents autres composés chimiques du chrome (dichromates d’ammonium ou de potassium, oxydes, sulfate, acide chromique…) sont obtenus à partir du dichromate de sodium.

Capacités de production

En 2015, la capacité mondiale de production s’élevait à 246 000 t de chrome contenu dans des produits chimiques.

en milliers de t de chrome contenu
Chine 56 Turquie 28
États-Unis 31 Afrique du Sud 18
Russie 31 Argentine 13
Kazakhstan 30 Inde 11

Source : USGS

En 2012, la production mondiale de dichromate de sodium était de 700 000 t.

Producteurs

Les principaux producteurs sont :

  • Chongqing Minfeng Chemical Co., Ltd., en Chine.
  • Elementis Chromium, aux États Unis, à Castle Hayne, en Caroline du Nord et Corpus Christi, au Texas.
  • JS Aktyubinsk Chromium Chemicals Plant (ACCP), à Aktobe, au Kazakhstan.
  • Russian Chrome Chemicals 1915, filiale du groupe Midural.
  • Lanxess, en Afrique du Sud, extrait de la chromite à Rustenburg qui est transformée en dichromate de sodium et acide chromique à Newcastle puis en sulfate et sels de tannage à Merebank, près de Durban, avec une production de 64 000 t. La chromite extraite en Afrique du Sud est également transformée en produits chimiques, à Zárate en Argentine, avec une fermeture prévue fin 2017, et le dichromate de sodium fabriqué à Newcastle est transformé en pigments à Krefeld-Uerdingen, en Allemagne.
  • Sisecam, en Turquie, à Mersin et en Italie avec la société Cromital, à Ostellatto, dans la province de Ferrara. La capacité de production est de 128 000 t de sulfate de chrome.

Recyclage

Le chrome contenu dans les aciers inoxydables est recyclé lors du recyclage de ces matériaux. De même pour le chrome contenu dans les aciers courants. Le taux de recyclage du chrome, dans le monde, est estimé à 38 %. Ce taux était de 31 %, en 2017, aux États Unis, avec un recyclage de 160 000 t de chrome.

En France, la société Befesa Valera traite, à Gravelines (59), dans 2 fours à arc immergé, des poussières d’aciéries inoxydables et des déchets d’aciers inoxydables afin de récupérer le nickel et le chrome contenu, avec une capacité de traitement de 120 000 t/an d’acier inoxydable. Les déchets sont conditionnés sous forme de briquettes qui, additionnées de coke et de scorifiants sont introduites dans les fours d’où des coulées sont effectuées plusieurs fois par jour. Ce groupe possède également une usine du même type à Landskrona, en Suède, avec une capacité de traitement de 65 000 t/an d’acier inoxydable.

Situation française

En 2017.

Minerai

En 2017; il n’y a pas de production française. Une production, terminée en 1991, a eu lieu en Nouvelle Calédonie avec 60 000 t de minerai en 1989.

  • Exportations : 3 684 t vers :
    • l’Espagne (36 %),
    • l’Allemagne (24 %),
    • le Portugal (16 %),
    • l’Italie (9 %).
  • Importations : 14 017 t en provenance :
    • d’Afrique du Sud (47 %),
    • d’Albanie (34 %),
    • de Russie (7 %).

Ferrochrome

Pas de production en 2017.
Carburé et charge-chrome

  • Exportations : 922 t vers :
    • l’Allemagne (69 %),
    • le Portugal (11 %),
    • l’Espagne (6 %).
  • Importations : 73 149 t en provenance :
    • d’Afrique du Sud (42 %),
    • du Kazakhstan (18 %),
    • de Finlande (13 %),
    • de Suède (12 %).

Moyennement carburé

  • Exportations : 270 t vers :
    • l’Allemagne (80 %),
    • la Belgique (9 %),
    • les Pays Bas (7 %).
  • Importations : 3 011 t en provenance :
    • de Russie (81 %),
    • de Chine (9 %).

Bas carbone

  • Exportations : 395 t vers :
    • l’Allemagne (34 %),
    • la Suisse (10 %),
    • le Maroc (9 %).
  • Importations : 6 730 t en provenance :
    • de Russie (37 %),
    • d’Allemagne (14 %),
    • de Belgique (14 %),
    • de Chine (8 %).

Chrome Métal

La production, en 2012, était de 9 800 t.
Producteur :
Delachaux, à Marly-lez-Valenciennes (59), possède une capacité de la production 12 000 t/an. C’est le premier producteur européen de chrome métal par aluminothermie, le 3ème mondial. La production est à 90 % exportée.

  • Exportations : 9 242 t vers :
    • les États Unis (38 %),
    • l’Allemagne (19,6 %),
    • le Royaume Uni (10 %),
    • le Japon (6 %).
  • Importations : 471 t en provenance :
    • de Russie (57 %),
    • du Royaume-Uni (23 %).

Produits chimiques

Trioxyde de chrome

  • Exportations : 301 t vers :
    • la Turquie (14 %),
    • l’Italie (12 %),
    • l’Indonésie (11 %).
  • Importations : 2 178 t en provenance :
    • d’Allemagne (56 %),
    • des États Unis (17 %),
    • de Turquie (12 %).

Dichromate de sodium

  • Exportations : 24 t vers :
    • l’Espagne (17 %),
    • l’Autriche (13 %),
    • l’Equateur (13 %), 
    • la Tunisie (13 %).
  • Importations : 1 474 t en provenance :
    • d’Italie (71 %),
    • d’Afrique du Sud (25 %).

Utilisations

Consommations

En 2015, la consommation mondiale de chromite a été de 29 millions de t.

En 2017, la consommation de ferrochrome a été de 12,2 millions de t répartie comme suit :

  • 61 % en Chine,
  • 11,5 % en Europe de l’Ouest,
  • 5,6 % au Japon,
  • 4,8 % aux États-Unis.

Secteurs d’utilisation

Les principaux secteurs utilisateurs, en 2014, dans le monde étaient :

Sidérurgie 90 % Fonderie 2 %
Chimie 5 % Réfractaires 1 %

Source : Roskill

En sidérurgie, l’emploi dans les aciers inoxydables représente 77 % des utilisations, dans les aciers alliés : 19 %, dans les autres aciers : 4 %.

En fonderie, la chromite est employée comme « sable de moulage ».

Ferrochrome

Il est utilisé à 80 % pour l’élaboration d’aciers inoxydables, pour lesquels il est irremplaçable.

Métal
Il est utilisé dans les superalliages (en présence de Ni et Co, voir ce chapitre) et divers autres alliages. La consommation mondiale a été de 43 000 t, en 2012.

La répartition des utilisations en France est la suivante :

Superalliages 52 % Alliages 10 %
Alliages d’aluminium 12 % Résistance électrique 6 %
Soudage et revêtement 12 % Autres 8 %

 

Composés chimiques

Le principal composé chimique utilisé est le dichromate de sodium Na2Cr2O7, qui entre dans la composition des produits de protection du bois (en présence d’arsenic, voir ce chapitre), des colorants de textiles, dans la fabrication de pigments minéraux. Le dichromate de potassium K2Cr2O7 est utilisé en photographie argentique, pyrotechnie, gravure de lithographie, colorant de céramiques. Le dichromate d’ammonium (NH4)2Cr2O7 donne par calcination le dioxyde de chrome CrO2 pour bandes magnétiques vidéo et audio et est utilisé comme agent oxydant dans des synthèses organiques.
L’acide chromique CrO3 entre dans la fabrication de catalyseurs, de pigments minéraux, permet le mordançage des textiles, le chromage dur et décor.
Le sulfate de chrome Cr2SO4 est employé dans le tannage du cuir.
Le trioxyde de chrome Cr2O3 est utilisé pour élaborer le chrome métal, des produits réfractaires, des pigments.

Principaux secteurs d’utilisation des produits chimiques, en 2015, étaient :

Tannage du cuir 27 % Chromage 19 %
Chrome métal 22 % Protection du bois 9 %
Pigments 19 %

ICDA

Chromage : on distingue le chrome décor du chrome dur.

  • Chrome décor : le dépôt de chrome est effectué, par électrolyse, sous faible épaisseur (généralement de 0,2-0,3 micromètres), pour recouvrir des pièces métalliques qui sont essentiellement nickelées (voir le chapitre nickel). La couche finale de chrome n’a qu’un rôle esthétique, il permet d’éviter le ternissement de la surface de nickel par sulfuration.
  • Chrome dur : le dépôt de chrome est effectué, par électrolyse, sous forte épaisseur (de plusieurs micromètres à quelques dixièmes de mm), directement sur la pièce à protéger. Le revêtement de chrome apporte une excellente résistance à l’usure, aux frottements, à la corrosion, une grande dureté de surface et des propriétés antiadhérentes. Utilisé pour de nombreuses pièces mécaniques en automobile (vilebrequins, chemises de cylindres…), aéronautique (pièces de réacteurs…), machines-outils (arbres de transmission…), outils (instruments de mesure…), moules pour plastiques…

Conditions de chromage : par électrolyse, vers 50-60°C, la pièce à revêtir étant placée à la cathode. L’anode est en alliage de Pb (7 % de Sb) et la densité de courant de 40 à 50 A/dm2. Composition du bain : CrO3 : 250 g/L, H2SO4 : 2,5 g/L, vitesse de dépôt : environ 40 micromètres/h.

Toxicité

D’après les fiches de l’INERIS et de l’INRS.

Les principaux composés courants du chrome présentant une toxicité élevée sont ceux des degrés d’oxydation III et VI. La voie de pénétration principale dans l’organisme est la voie respiratoire avec passage dans la circulation sanguine de 20 à 30 % du Cr (VI) inhalé. Ce taux est de 2 à 9 % par voie orale et de 1 à 4 % par voie cutanée. Les composés de chrome, oxydants puissants, ont une forte action corrosive se traduisant par des atrophies, ulcérations et perforations de la cloison nasale ainsi que par une diminution des fonctions pulmonaires et des pneumonies. Les composés de chrome VI plus solubles que les composés de chrome III sont plus facilement absorbés. Ils diffusent rapidement à travers les membranes et détruisent ainsi les cellules épithéliales.

Dans l’organisme, le chrome VI est réduit en chrome III, sa demie-vie étant de 15 à 41 h. Au cours de sa réduction des composés très réactifs, par exemple de chrome V, peuvent être produits. Toutefois, le Cr(III), à l’état de trace, est nécessaire à l’organisme humain, en particulier pour le métabolisme du cholestérol, des graisses et du glucose. Une carence en chrome induit des hyperglycémies et des hypercholestérolémies.

Par ailleurs, les composés de chrome III et VI sont mutagènes et cancérogènes (cancers du poumon). Après solubilisation dans l’organisme, un effet sensibilisant se traduit par de l’asthme ou des dermatites.

En milieu professionnel, la valeur moyenne limite d’exposition est de 0,05 mg/m3. La teneur limite des eaux de consommation est, en chrome total, de 50 microgrammes/L.

Bibliographie

 

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